LES ÉLÉGIES

(English follows)

La photographie côtoyait initialement la peinture dans mes œuvres, sans nécessairement que les procédés et les esthétiques ne s’imbriquent à l’intérieur d’une seule et même image. À cet égard, la série Les élégies constitue un point tournant. Bien qu’étant, stricto sensu, des photographies documentant des traces d’impact de voitures de course sur les murets de protection d’un circuit automobile, ces images constituent pour moi des tableaux trouvés. Au-delà de la filiation qu’elles entretiennent avec divers pans de l’histoire de la peinture, j’ai été surtout fasciné par le fait qu’une machine en déroute (la voiture de course) se trouve accidentellement à reproduire les gestes du peintre, qui ajoute, soustrait et déplace du pigment sur une surface. La charge symbolique de ces images, leur structure, leur dimension lyrique, quasi-sonore, m’ont amené à les intituler « Élégie », en référence à cette poésie lyrique et plaintive, associée à la nostalgie, à la perte, au deuil, à la mort. La forme élégiaque trouve sa résonance ici non pas tant dans l’évocation du risque associé au métier de coureur automobile, mais plutôt des morts annoncées maintes fois de la peinture, et celles, consumées, des avant-gardes, de l’idée d’un progrès émancipateur, d’une vision utopique et d’une certaine idée de l’art. – Lire le texte de démarche.

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Initially, photography was an accompaniment to painting in my work. Their respective aesthetics and procedures would not necessarily merge in a single image. The Élégies series marks a turning point. Strictly speaking, these are photographs of marks left by the impact of racing cars on the protective barriers around the race track; yet, to my mind, they are found paintings. Beyond the connections with various moment of painting history, I was especially fascinated by the fact that a wayward machine (the race car) was accidently reproducing painterly gestures, adding, subtracting, and displacing pigment on a surface. The symbolic significance of these images, the way they are structured, their lyrical and quasi-acoustic aspects, led me to call them “elegies,” in reference to the lyrical and mournful poetry associated with nostalgia, loss, grief, death. The elegiac resonance doesn’t conjure the risk associated with race car driving so much as of the many heralded deaths of painting—and of the actual demise of the avant-gardes and emancipatory notions of progress. – Read Artist Statement.