ARTIST STATEMENT / DÉMARCHE

(La version française suit la version anglaise)

Delving into the fundamentals of photography, I explore its misuses. In the prevailing surfeit and dematerialization of images, I am interested in tenuous phenomena tied to the diffusion and the materiality of light, as well as in the effects of an ever-more totalizing digital encoding of the real. I take several photographs that presuppose the absence or the intentional misapplication of various technical parameters, or that are superimposed on one another to the exhaustion of the photographed motif, or even the very act of photography. I produce non-images, flirt with emptiness and the indeterminate. And yet, from the thinness of the paper, the frequencies of a colour wave, or the density of a raster, a material presence asserts itself—and resists.

I began Matière Noire in 2017, during a research residency in Paris. This procedurally photographic work is set within an extended temporality, the framework of an entire lifetime. Matière Noire consists of photographing all modern and current visual works and superimposing the images into a single digital file until full black is achieved.

In the “works” section, you will find excerpts from Matière Noire and other ongoing series or bodies of work, including Lieux-monuments and L’index.

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In its current sense, photography is defined as the trace that redoubles the real and fixes the instant of a fleeting moment forever. In this way, the photograph is a memory object, or a “melancholy object,” as described by the American intellectual Susan Sontag […]. Désilets’ photos undeniably refer to the now-past event of their recording, but their abstract quality seems to more strongly evoke an attempt to materialize the affective content of that moment, intensified by memory. Reality captured by a lens-less camera leading to an absence of figuration, or the sum of several photographic moments which, through the accumulation of information, culminate in erasure. The works act like metaphors; they allow part of the intangible to become discernible by pointing to that aspect of experience that the image, as trigger of the phenomenon of reminiscence, can only hope to revive without really being able to embody it.

Anne-Marie St-Jean Aubre, excerpts from the text about Les tableaux réunis, an exhibition by Martin Désilets presented from June 19 to September 6, 2021, at Musée d’art de Joliette.

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J’approfondis les fondamentaux de la photographie et en explore les mésusages. Dans le contexte de la surabondance et de la dématérialisation de l’image, je m’intéresse à des phénomènes ténus, liés au rayonnement et à la matérialité de la lumière, de même qu’aux effets d’un encodage totalisant du réel par le numérique. Je réalise de multiples prises de vues, qui supposent le détournement ou la mise en échec de certains paramètres techniques, ou qui se superposent jusqu’à l’épuisement d’un motif photographié, voire de l’acte photographique lui-même. J’obtiens des non-images, flirte avec le vide et l’indétermination. Dans la minceur du papier, la vibration d’une onde colorée, ou la densité d’une trame, une présence matérielle s’affirme pourtant — et résiste. La photographie devient corps.

En 2017, lors d’une résidence de recherche à Paris, j’ai entamé Matière noire, une œuvre photographique protocolaire qui s’inscrit dans une temporalité longue, celle de toute une vie. Matière noire consiste à photographier et superposer toutes les œuvres visuelles modernes et contemporaines dans un même fichier numérique jusqu’à l’atteinte du noir complet.

Vous trouverez dans la section œuvres des extraits de Matière noire et d’autres séries ou corpus en cours de réalisation, dont Lieux-monuments et L’index.

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Dans son acception courante, la photographie se définit comme une trace qui vient redoubler le réel et fixer pour l’éternité le présent d’un moment fugitif. La photographie est ainsi un objet de mémoire, voire un « objet mélancolique », selon l’expression de Susan Sontag […]. Les photographies de Martin Désilets réfèrent bel et bien à l’événement, passé, de leur captation. Par leur qualité abstraite, elles semblent pourtant évoquer davantage une tentative de matérialisation de la teneur affective de cet instant, intensifiée par le souvenir. Réalité captée par un appareil sans lentille menant à une absence de figuration ou somme de plusieurs instants photographiques culminant dans un effacement par l’accumulation d’informations, ces œuvres fonctionnent comme des métaphores. Elles rendent perceptible une part d’intangible en pointant vers cette dimension de l’expérience que l’image, déclencheur du phénomène de réminiscence, ne peut qu’espérer raviver, sans pouvoir réellement l’incarner.

Anne-Marie St-Jean Aubre, extrait du texte de présentation de l’exposition Les tableaux réunis de Martin Désilets, présentée du 19 juin au 6 septembre 2021 au Musée d’art de Joliette