MATIÈRE NOIRE  / BOOK – LIVRE

(La version française suit la version anglaise)

English/French/German, 21 × 28 cm, 178 pages, hardcover, essays by Catherine Nichols, Michel Poivert, and Pauline Martin, Design: Mali Wychodil, Publisher: Distanz (Berlin), 2025, ISBN: 978-3-95476-789-2

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Also available in Europe at galerie Bigaignon (Paris), Künstlerhaus Bethanien (Berlin), and in various bookstores. In Canada, the book is available in Montreal at Centre Clark, the Montreal Museum of Fine Arts, and Librairie Le Port de tête. Also at Musée national des beaux-arts du Québec, and Musée d’art de Joliette.

Matière noire is a photographic series, but it is also a performance. It is an endurance test: it will take decades to achieve full black from the accumulation of images; it is also the artist’s life journey through his work. Since 2017, Désilets has put all his energy into accessing museums, photographing the paintings and sculptures in the conditions given to him, seeing them, and melding them into constantly changing material. His series, but especially his process and approach, go against all established practices in the digital world. He favours the slow where the fast and immediate prevail everywhere. Where the image’s control over experience is the rule, he subjects the image to a risky experience, not really knowing what the next State may reveal. He accepts the loss of what he sees, where the hyper connectivity of social networks tends to make us forget the loss in an accumulation of constantly regenerated “stories.” – Experiencing All States of the Matter, Pauline Martin

The character might well come out of fiction: an artist seeks to gather all the artworks of the world into a single image and winds up, after a life’s effort, with nothing but a black picture. Such a tale, worthy of Jorge Luis Borges or Italo Calvino, would contain a number of questions, both ethical and aesthetic: had the artist not sinned though pride only to be faced with nothingness? Or can art, in its current frenetic consumption, only be summed up by a dark plane? But this fiction would not take into account a founding element at the heart of the work of Martin Désilets: the artist’s deliberate intention to obtain that blurry screen at the end of the process of reproducing the works of art that preceded him. Is it then a sacrificial process? That of devoting one’s entire creative existence to a repetitive operation destined to lead only to the definitive blurring of images? The artist sometimes invokes iconoclasm: making works disappear through their superimposed images would be like weaving a progressively dense veil that obscured any possibility of seeing. Unless the process employed reversed our culture of inattentive observation, struck at the “attention crisis” provoked by the surfeit of images, then enjoined us to contemplate a surface in which the indiscernible leads us back to a profound experience of seeing, what the artist calls “slowing down the gaze” (ralentissement du regard). Throughout this blinding work, Désilets paradoxically proposes that we restore the power of the gaze while also speaking of “loss” and “embodied disappearance” (disparition incarnée). He offers us a sum that leads to a substraction. – Art from the Cave, Michel Poivert

 VERSION FRANÇAISE 

Français/anglais/allemand, 21 × 28 cm, 178 pages, couverture rigide, essais de Catherine Nichols, Michel Poivert et Pauline Martin, Design: Mali Wychodil, Éditeur : Distanz (Berlin), 2025, ISBN : 978-3-95476-789-2

La monographie peut être commandée en ligne sur le site de l’éditeur. Elle est également disponible en Europe à la galerie Bigaignon (Paris), à la Künstlerhaus Bethanien (Berlin) et dans différentes librairies. Au Canada, elle est disponible à Montréal au Centre Clark, au Musée des beaux-arts de Montréal et à la Librairie Le Port de tête, de même qu’au Musée national des beaux-arts du Québec et au Musée d’art de Joliette.

Série photographique, Matière noire est aussi une performance. Exercice d’endurance – des dizaines d’années seront nécessaires pour parvenir au noir total dû à l’accumulation d’images –, il s’agit également d’un chemin de vie exercé dans son œuvre par l’artiste. Depuis 2017, Désilets met toute son énergie à avoir accès aux musées, à photographier les peintures et autres sculptures dans les conditions qui lui sont imposées, à les voir puis à les fondre dans une matière qui ne cesse de se transformer. Sa série, mais surtout son processus et sa démarche, vont à l’encontre de toutes les pratiques instaurées par le monde numérique. Il valorise la lenteur, là où la rapidité et l’immédiateté dominent tout. Il soumet l’image à une expérience risquée – ne sachant pas réellement ce que l’état suivant pourra bien montrer –, là où le contrôle de l’expérience par l’image devient la règle. Il assume la perte de ce qu’il voit, là où l’hyper connectivité des réseaux sociaux tend à la faire oublier dans une accumulation de stories en perpétuel recommencement. – Vivre la matière dans tous ses états, Pauline Martin 

Le personnage pourrait être né d’une fiction : un artiste chercherait à réunir toutes les œuvres du monde en une seule image et n’obtiendrait, après une vie d’efforts, qu’un tableau noir. Un tel récit, digne de Jorge Luis Borges ou d’Italo Calvino, contiendrait nombre de questions relevant de l’esthétique comme de l’éthique : l’artiste n’aurait-il pas péché par orgueil pour se retrouver face au néant ? Ou bien l’art ne peut-il, dans sa consommation devenue effrénée, que se résumer à un plan obscur ? Mais cette fiction ne tiendrait pas compte d’un élément fondateur, au cœur de l’œuvre de Martin Désilets : l’intention délibérée de l’artiste d’obtenir cet écran flou au bout du processus de reproduction des œuvres qui l’ont précédé. S’agit-il alors d’un processus sacrificiel ? Celui de consacrer son existence entière de créateur à une opération répétitive et promise à n’aboutir qu’au brouillage définitif des images ? L’artiste évoque parfois l’iconoclasme : faire disparaître les œuvres par leurs images superposées serait comme tisser un voile de plus en plus dense qui vient occulter toute possibilité de voir. À moins que le processus employé n’inverse notre culture de l’observation inattentive, et vienne percuter la « crise de l’attention », provoquée par le trop plein d’images, puis nous enjoigne de contempler une surface où l’indiscernable nous ramène à une expérience profonde du voir – que l’artiste appelle « ralentissement du regard ». Martin Désilets, tout au long de son œuvre d’aveuglement, nous propose paradoxalement de retrouver la puissance du regard tout en disant parler de « perte » et de « disparition incarnée ». Il nous offre une somme qui conduit à une soustraction. – L’art de la caverne, Michel Poivert